L'Idée Sensible

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Ateliers d'écriture

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mercredi 28 janvier 2015

Un Cargo pour Kiel

Cargo

Le groupe de quinze élèves des Sables d'Or à Thouaré-sur-Loire devait partir à Kiel, un port au nord de l'Allemagne donnant sur la mer Baltique en mars 2015. Chacun des élèves logerait chez son correspondant. Au cours du séjour, les élèves joueraient une pièce écrite lors d'ateliers d'écriture que j'animerais chaque semaine de fin novembre à fin janvier. Frédéric d'Athénor m'avait demandé de travailler sur l'Estuaire. Le courant est aussitôt passé avec les enseignantes Aurelia Huard et Pascale Diverres.

Le défi me plaisait. La pièce serait jouée plusieurs fois. Il fallait écrire quelque chose de scénique et le tailler sur-mesure pour cette petite troupe d'élèves. Les collégiens contribueraient de manière décisive au texte lors des ateliers. J'y suis allé comme j'aime, c'est-à-dire, sans aucune idée préalable, ou peut-être l'idée que je devais surtout me rendre totalement disponible, être à l'écoute et transmettre mon envie de créer.

On a commencé à travailler sur l'Estuaire. On a regardé des cartes. On a rêvé. On s'est renseignés sur le port de Kiel qui a beaucoup à voir avec Saint-Nazaire et l'idée s'est invitée rapidement : le thème de notre pièce serait leur voyage de Saint-Nazaire à Kiel en porte-conteneur. Parallèlement au vrai voyage qui devait se faire en train, ils navigueraient - et moi avec eux - en rêve vers Kiel...

À chaque séance, nous travaillions à rendre ce voyage palpable, comme réel, ressenti : Il y eut la lettre fictive au correspondant annonçant notre arrivée par voie maritime, les rêves peuplés de créatures marines, sirènes, dieux de la mer, dragons, délivrant d'étranges messages. Il y eut le journal de bord, l'ennui sur le cargo, les jeux d'enfants, la musique instrumentale d'Eternity par les VIXX et puis le cyclone qui approchait...

Et c'est là que l'actualité nous a rattrapés, le 7 janvier, avec l'attentat de Charlie Hebdo...

Comment créer avec ces meurtres qui nous hantaient? Notre perception du monde, de la vie, de la création, du théâtre étaient soudain gravement altérée. "L'espoir vaincu pleurait" Pendant 2 jours, j'ai pensé que ce que nous faisions n'avait aucun sens en regard de ce qui arrivait dans le monde réel. Je me sentais lourd, engourdi. Réalité de glu. Des neurones? Non! Des enclumes à déplacer. Agir, parler, écrire, devenaient malaisés. Et puis, quand même, il fallait avancer notre pièce.

À l'atelier suivant, les élèves devaient inventer un JT avec présentateur, envoyés spéciaux et interviews de naufragés après le cyclone... Un vent a soufflé dans la salle d'informatique qui crépitait du bruit des touches de clavier enfoncées. Ce vent balayait l'empêchement. Ce jour-là, le cargo dans la tourmente d'une tempête fut soulevé par le cyclone dans les airs puis porté par lui jusqu'au collège des correspondants, se posant en douceur grâce à un capitaine devenu commandant de bord dans la cour de leur établissement à Kiel... Des scientifiques authentifiaient l'événement. La fantaisie surgissait, réparatrice, libératrice. L'impossible devenait à nouveau possible. L'imagination nous libérait de la tempête.

La semaine suivante, avec l'arrivée de Vigipirate... Pascale et Aurélia m'apprirent que le voyage à Kiel ne pourrait avoir lieu... J'assistai à l'annonce aux élèves. Ils ont eu tous "le seum" : Déception, soupirs, dos ronds, corps qui s'affaissent sur les tables. Et puis, nous avons continué le boulot! Nous avons fait un dialogue née de cette déception-même que nous avons intégré à la pièce.

Il fallait continuer : le texte serait joué en France de toute façon et après, qui sait? Le voyage par train n'aurait pas lieu, mais l'aventure, par voie maritime... Si! Nous touchions au but. Ça valait ce que ça valait, mais il fallait mener l'équipage à bon port, achever notre pièce pour la lecture du 23 janvier. Frédéric, Pascale et Aurélia ont mis en scène la lecture en deux séances. Bande son et tout... J'observais comme ça prenait forme. J'étais ravi. Et puis, vint la restitution comme on dit... Mais là, c'était plus! C'était un show!

Je prolonge le souvenir et le bonheur de cette lecture en écrivant 2 jours après ces mots. Les visages des spectateurs, des parents m'ont marqué... Ils étaient comme des enfants en écoutant les leurs. Comme s'ils avaient assisté à un tour de magie. L'empêchement était loin. Les obstacles s'étaient levés grâce à cette œuvre collective et chacun avait une disposition d'esprit joyeuse, enthousiaste après la lecture. Je me suis dit : Mais oui, le territoire du possible est vaste, beaucoup plus vaste que la raison ne le laisse supposer... Dans ce merveilleux-là, il y a une liberté contagieuse...

Après le show tandis que nous rangions la salle... Le principal et un père d'élève sont venus l'un après l'autre bavarder. Ils me disaient que cette expérience marquerait les élèves pour toujours... Je n'y avais pas pensé. Peut-être. Ce que je ressentais pour ma part, c'est qu'elle me marquerait moi comme artiste pour un bout de temps... Et qu'elle retentirait sur ma création à venir ! Je crois que j'ai trouvé quelque chose!

S.R.

jeudi 17 novembre 2011

Ateliers d'écriture au Lycée Léonard de Vinci animés par Sylvain Renard

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Léonard de vinci 3

Pour lire l'article paru dans Ouest-France, c'est ici.

Pour commencer les ateliers d’écriture au Lycée Léonard De Vinci avec une classe de seconde « Métiers de la Mode et du Vêtement ».

Pourquoi nous nous voyons ? Pour écrire un texte ensemble. Un texte qui pourra être lu en public par vous, ensemble, lors du forum "Moi nous les autres". Un texte qui pourrait être repris par la suite par l’atelier théâtre et joué à la fin de l’année. Un texte qui aura peut-être aussi un autre destin que nous ne connaissons pas encore… Car les textes ont leur vie propre. Alors bon… écrire un texte ensemble… qu’est-ce que ça veut dire… ben… C’est justement ce qu’on va essayer de trouver… Ce qu’on sait, c’est que nous avons 5 séances pour écrire ce texte. 2 fois 3 heures et 3 fois deux heures. À partir d’aujourd’hui et jusqu’aux vacances de Noël. En fait, rien n’est écrit à l’avance, il n’y a pas de règle pas de manière de procéder. Ça dépend de chacun. Il faut que nous trouvions nos manières propres. Chacun doit prendre part à ce travail comme ça lui vient. Chacun à son mot à dire. Une petite chose, même minuscule, qui a l’air insignifiante, peut devenir fondamentale, importante. Un rien. Une idée qui passe par la tête. Il faut donc être à l’écoute. Il faudra être attentif à tout. Au départ, on ne sait pas du tout ce qu’on va faire, ce qu’on va écrire. Vous, comme moi. C’est la page blanche. C’est ça qui dérange, c’est qu’on ne sait pas ce qui va arriver. C’est justement cet état qu’il faut apprivoiser, essayer d’accepter car il fait un peu peur. Pour commencer, on va essayer de se poser des questions et de faire des détours. Avancer à tâtons… Faire le contraire de ce qu’on croit devoir faire normalement. Pour arriver petit à petit à notre objectif qu’on garde dans un coin de notre tête : écrire un texte. Au début, on n’essaye surtout pas de faire bien. On ne se dit surtout pas que ce qu’on fait n’est pas bien. On ne sait pas. Et c’est petit à petit, en reprenant et reprenant, en tournant longtemps autour du pot qu’on va découvrir ce que nous devions écrire… Aujourd’hui, on commence à être auteur…

Sylvain Renard
Le 08.11.2011